Il est des soirs où le temps s’arrête, où les battements de cœur résonnent plus fort que les projecteurs. Bangkok, novembre 2025. Je me tiens sur cette scène, portée par vos voix, vos drapeaux et une énergie que je n’avais jamais ressentie auparavant. Ce soir-là, je n’étais pas seule ; j’étais le prolongement de vos espoirs, l’écho de tout votre soutien.
Beaucoup m’ont demandé ce que j’ai ressenti dans l’intimité de cette finale, depuis les coulisses silencieuses de ma mise au vert jusqu’au tumulte électrique du Top 5. Entre les pronostics, l’incroyable ferveur du public et ce sentiment étrange d’une victoire dérobée, j’ai décidé de vous raconter. Sans filtre. Car si la couronne a trouvé une tête, c’est dans vos regards que j’ai trouvé ma véritable liberté.
Dès le premier tableau, quand le nom « CÔTE D’IVOIRE » a résonné, j’ai vu une vague se lever. Ce n’était pas seulement le groupe de supporters ivoiriens ; c’était une grande partie du public thaïlandais et international. J’ai croisé des regards émerveillés. À ce moment-là, j’ai lu dans leurs yeux : « C’est elle. » La confiance que vous me donniez m’a permis de défiler avec une assurance presque royale.
À chaque étape, la tension montait d’un cran. Le public ne se contentait plus d’applaudir, il scandait. Je voyais des gens qui ne me connaissaient pas deux semaines plus tôt applaudir et scander mon nom ou dire « CÔTE D’IVOIRE » pour exprimer leur soutien.
Le Défilé en Robe de Soirée : L’Apothéose. C’est le moment où j’ai senti que le titre était à portée de main. Je marchais, calmement. Le silence s’est fait, un silence de respect, avant d’exploser en une ovation. À cet instant précis, si on avait voté à l’applaudimètre, la couronne était sur ma tête. Le public me regardait déjà comme leur Miss Univers.
Puis est venu le moment de l’annonce du Top 5. J’y étais. Je voyais la fierté sur les visages, mais aussi une pointe d’inquiétude. J’ai senti la salle suspendue aux lèvres du maitre de cérémonie. Finalement, le moment de l’annonce des dauphines… ce fut le basculement… le Frisson de l’Injustice…le Silence, puis la Révolte.
Quand j’ai été annoncée 4ème dauphine, il y a eu un quart de seconde de silence absolu. Un silence de stupéfaction. Puis, j’ai vu des visages se décomposer. J’ai entendu des sifflets étouffés et des cris d’incompréhension. En regardant la foule, je n’ai pas vu de la pitié, mais une forme de révolte silencieuse. Les gens se regardaient, incrédules. Il s’en est suivi une révolte plus bruyante. Les uns criaient de colère : « tricheurs ! », d’autres : « quelle honte ! ». J’ai même vu certaines personnes pleurer, profondément blessées par leur sentiment d’impuissance face à ce qu’elles qualifiaient de « crime », errant dans les couloirs de cette salle de spectacle, comme saisies d’un étourdissement incontrôlable.
Puis, comme dans un ultime geste, en hommage à celle que leur cœur avait désignée reine, on aurait dit qu’elles s’étaient donné rendez-vous pour le faire… Une foule venue de divers horizons se rassembla spontanément et se mit à scander, à un rythme régulier, tel un hymne improvisé, l’expression de la vérité qui jaillissait du plus profond de leur être :
« CÔTE D’IVOIRE ! »
« CÔTE D’IVOIRE ! »
« CÔTE D’IVOIRE ! »
« CÔTE D’IVOIRE ! »
« CÔTE D’IVOIRE ! »
Même si je n’ai pas reçu la couronne ce soir-là, en croisant vos regards avant de quitter la scène, j’ai vu quelque chose de bien plus précieux : la reconnaissance d’un public sincère. Vous m’aviez déjà sacrée. C’est ce public, indigné pour moi, qui m’a donné la force, quelques jours plus tard, de renoncer à mon titre continental, Miss Univers Afrique & Océanie 2025, pour rester en accord avec cette vérité que nous avions partagée.




